La première aliénation, c’est évidemment la religion de la croissance. Ce qui ne veut pas dire se positionner pour une décroissance, cela signifie simplement de dire que le PIB n’est pas la bonne boussole politique. Alors, j’ai bien lu que dans certaines motions, on parle de croissance verte, de croissance douce ou de croissance écologique, mais ne vous y fiez pas, c’est une illusion. Ce qui voudrait dire tout de même qu’une croissance infinie dans un monde fini est possible, ce qui bien évidemment n’est pas le cas.

La croissance verte, qu’est-ce que concrètement ? C’est le même indicateur qui n’est pas défalqué justement de tout ce qui dégrade l’empreinte écologique, c’est simplement le droit de pouvoir polluer plus longtemps.

Alors, être écologiste, ce n’est pas simplement, comme certains ont pu le faire, une addition de mesures les une à côté des autres, c’est bien évidemment une remise en cause globale du système et de ses aliénations dont la croissance.

Deuxième aliénation, après la croissance, c’est la société de consommation à travers cette course effrénée au toujours plus.

Troisième aliénation, c’est sur la centralité de la valeur travail. Bien évidemment, sur cette question, nous sommes pour que chacun puisse avoir accès au plein emploi. Bien évidemment, sur cette question, nous sommes également pour de nouveaux droits pour les salariés. En même temps, pourquoi ne pas se poser la question de la valeur travail comme seul mode de reconnaissance ? Pourquoi ne pas se poser la question de la valeur travail comme seul passeport d’accès aux droits ?

Comme beaucoup d’entre vous, je travaille dans une entreprise privée, j’ai accès à trois niveaux de mutuelle. Eh bien, figurez-vous que le premier niveau de mutuelle ne rembourse quasiment rien au niveau des soins dentaires, des soins d’optique. Est-ce que c’est normal ? Il faut au contraire dire, que l’on soit travailleur, cadre, salarié, non-travailleur, nous devons tous avoir accès aux soins de la même manière et qu’ils soient remboursés de la même façon.

Alors, il ne suffit pas de dénoncer, il ne suffit pas de déconstruire, il faut aussi proposer, je crois que c’est là toute la démarche d’Utopia, c’est d’essayer d’imaginer une société idéale, c’est d’imaginer du sens, une société du souffle et ce projet de société, nous avons essayé de l’esquisser dans notre motion. Notre idéal de société, c’est d’abord une société fraternelle. Notre idéal de société, c’est d’abord une société du lien plus qu’une société du bien. Notre idéal de société, c’est une société où l’environnement est préservé, bref une société où il fait bon vivre ensemble. Et, au service de cet idéal, il faut de nouveaux indicateurs de richesse. Au service de cet idéal, il faut amener un nouveau système que nous appelons alter développement, qui fixe bien évidemment des limites à la sphère privée, qui ouvre des perspectives à la sphère publique et qui propose de nouvelles formes de propriété de l’entreprise plus transparentes, plus relocalisées et plus démocratiques.

Vous l’avez compris, nous ne voulons pas améliorer ce monde, nous voulons un autre monde. Alors, nous sommes profondément altermondialistes et, sur ce deuxième point de mon intervention, je reviens sur une question qui me semble essentielle, la question des sans papiers. Vous savez, ce soir va se tenir la commission des résolutions. À quoi peut servir un congrès comme celui-ci par rapport à la commission des résolutions et au texte final qui pourrait sortir de ce congrès ?

Eh bien moi je souhaite que l’on donne un élan sur cette question des sans papiers et un signal fort à cette commission des résolutions. J’ai remarqué que nous étions tous d’accord sur cette question pour dénoncer ce que faisait Nicolas Sarkozy. Je vais vous dire plus : on a honte de la manière dont Nicolas Sarkozy criminalise les sans papiers, de la manière dont il organise un certain nombre de rafles au quotidien, de la manière dont les centres de rétention aujourd’hui fonctionnent.

Néanmoins, dans les textes, mes camarades, nous n’avions pas tous la même position. En général, c’était une régularisation sur critères. En général, d’ailleurs, sur critères pour les seuls travailleurs. Mais cette position-là n’est pas tenable, cela voudrait dire qu’on régularise les personnes qui ont dit qu’elles étaient en situation régulière pour travailler alors qu’elles ne l’étaient pas, qu’on ne régularise pas tous les autres travailleurs et qu’on ne régularise pas tous les autres ? Il faut affirmer fièrement le fait que nous devons régulariser l’ensemble des sans papiers, qu’ils soient travailleurs ou non travailleurs. Et nous avons, sur cette question, bien évidemment une responsabilité sur ces flux migratoires. Responsabilité historique, mais aujourd’hui responsabilité indirecte. On continue d’affamer, de précariser, de subordonner une partie de l’humanité. Nous devons dire : alors, quel est le problème entre nous sur cette question ?

On nous dit : dilution de l’identité nationale. Mais c’est l’inverse, c’est la clandestinité qui produit la dilution de l’identité nationale. Bien au contraire la régularisation permet la co-construction d’une identité commune.

On nous dit : flux massifs. Non. En Espagne, en 2005, 590 000 régularisations, est-ce que pour autant il y a eu un appel d’air des sans papiers de France vers l’Espagne ? Absolument pas. Et si l’Espagne a réussi à le faire avec 40 millions d’habitants, 590 000 sans papier, la France avec 63 millions d’habitants et 300 000 sans papiers devrait aussi le faire.

Sur cette question-là, et j’ai bien saisi le message, nous devons effectivement prendre une position courageuse.

J’en termine pour vous annoncer ce que nous faisons dans ce congrès : nous avons décidé de nous joindre à la motion C, la motion portée par Benoît Hamon. Avoir un monde d’avance, c’est aussi revendiquer un positionnement écologiste et altermondialiste.

Trente secondes sur cette question, mais il s’agit d’un rapprochement de fond sur le dépassement du système capitalisme, sur de nouveaux indicateurs de richesse, sur la dimension écologique et notamment le scénario mégawatt et la mise en place d’un grand débat sur les risques du nucléaire, sur l’accès aux droits et notamment l’accès aux soins, et enfin sur la régularisation de l’ensemble des sans papiers. Ce qui, je crois, peut être une mesure unanime.

Enfin, je le dis comme je le pense, je suis plutôt fier de ce rapprochement, j’en suis même carrément fier. Je suis fier que nous portions aujourd’hui ensemble toutes ces idées. Nous partageons évidemment une certaine radicalité mais, plus que cela, nous partageons une énergie, nous partageons un enthousiasme, nous partageons une infatigable envie de changer radicalement ce monde. Et c’est la seule question qui vaille quand on fait de la politique, c’est la seule question qui nous pousse à en faire, quels sont les brins d’humanité que collectivement nous pouvons faire avancer ?

C’est la seule question, encore une fois, que nous devons nous poser. Le reste n’est que mesquinerie et futilité, la motion C-F, comme carrément fraternelle, doit porter haut cet espoir et cette exigence d’humanité, je compte sur vous pour nous y aider. Je vous remercie.