Laure Pascarel : Faut-il brûler le mérite et le travail? (Le Sarkophage)
Par admin - le dimanche, janvier 20 2008, 17:09 - Revue de presse - Lien permanent
Laure Pascarel, au nom d'Utopia, a rédigé un article pour le quatrième numéro du nouveau journal d'analyse politique Le Sarkophage, créé par Paul Ariès en juillet 2007. L'économiste Jean Gadrey, qui a alimenté la reflexion d'Utopia sur la notion de "richesse", a pour sa part rédigé un article sur le " Grenelle de l’insertion ". Ce numéro est disponible dans les kiosque depuis le 18 janvier 2008 au prix de 2 euros. Utopia Jeunes publie sur son blog l'article de Laure Pascarel. Bonne lecture !

" Nicolas Sarkozy a fait du « mérite » et du « travail » le fondement de sa réflexion politique. Chacun – y compris à gauche - fait d’ailleurs comme si le mérite et le travail étaient des notions établies dont l’utilisation allaient de soi.
La valorisation du mérite
Qu’entendons-nous par mérite ?
S’agit-il des efforts nécessaires que chaque citoyen fait sur lui-même pour apprendre, contribuer à la vie collective et agir de façon éclairée dans la cité ? Non, bien évidemment.
Quand Nicols Sarkosy évoque le mérite, il le lie naturellement à ce que l’on appelle « la réussite ». Le mérite devient donc l’argument libéral et conservateur par excellence qui se décline en général sur le thème : « en fonction de sa volonté et de son travail, « on » réussit plus ou moins bien sur une échelle de valeur donnée ».
Là encore, de quelle échelle parle-t-on ? De cette échelle qui hiérarchise les individus et les valorise en fonction de leur efficacité économique, elle même déterminée par les lois du marché.
A droite, on légitime cet ordre des choses en s’appuyant sur le « mérite », le mérite de droite, celui d’être né dans une famille culturellement ou financièrement favorisée, celui d’avoir eu la chance de faire les bonnes rencontres au bon moment. Bref, le mérite que nous mériterions tous !
Et la gauche dans tout ça ? On lui parle « mérite », elle répond « lutte contre le phénomène de reproduction sociale ». En se centrant sur la « remise en marche de l’ascenseur social », elle ne remet plus en cause la hiérarchie sociale ni les valeurs et les logiques qui ont conduit à la construire. Elle finit donc implicitement par légitimer un système et ses inégalités inhérentes.
La question n’est donc pas de savoir comment corriger le système en donnant à chacun la possibilité d’être « méritant », mais de savoir comment repenser l’échelle de valeur des rapports humains.
La valorisation du travail ?
Dans une société qui sacralise la valeur travail, il devient très difficile de poser sereinement les termes du débat et la souffrance liée au chômage rend quasiment indécente une telle réflexion.
Evacuons donc d’emblée les malentendus : nous pensons que tout citoyen doit avoir accès à un travail durable et de qualité : la lutte contre le chômage dans une perspective de plein emploi avec la conquête de nouveaux droits reste donc essentielle.
Il nous faut néanmoins accepter de questionner cette valeur, la place qu’elle prend et la logique qu’elle porte. Aujourd’hui, c’est principalement du travail que vient notre reconnaissance, par lui que nous sommes plus ou moins protégés (vous avez quel niveau de mutuelles, vous ?), par lui encore que nous vivons confortablement (ou non) à la retraite…
Et pourtant, nous devons poser la question : le travail est-il le meilleur lien social ? Est-il aujourd’hui à sa juste place parmi les activités humaines ?
Pour nous, la réponse est clairement non. L’activité de production rémunérée ne répond plus à une logique de satisfaction des besoins mais à une logique unique, celle de maximiser le profit des entreprises. Le « capital humain » est valorisé en fonction du prix du marché.
Nous considérons le travail comme aliénant et aliénant par nature, car non seulement il résulte d’un rapport marchand mais en plus et surtout il sert un système dont la logique est étrangère à la notion même d’humanité : le système capitaliste.
En valorisant le travail, la droite reste cohérente avec l’idéal, les valeurs et le système basés sur l’efficacité économique qu’elle défend. La gauche, elle, reste centrée sur une réponse immédiate à l’injustice et à la souffrance en choisissant la lutte contre le chômage comme seule et unique réponse. Si ce combat est important, nous pensons que la gauche doit également affirmer le caractère aliénant du travail, dénoncer la place trop importante qu’il occupe et refuser une sacralisation qui ne fait que renforcer la violence que subissent ceux qui sont exclus de ce système.
Là encore, questionner la notion de « travail » comme la notion de « mérite » revient à se poser la question centrale des valeurs et du système qui doivent gouverner notre vivre ensemble.
Vers un nouvel idéal ?
Posons la question sans ambiguïté : et si, en défendant un autre idéal, une autre notion de la richesse, une autre vision du monde, la glorification aveugle du mérite et du travail n’avait plus de sens ? Et si l’on rompait radicalement avec un système où l'homme est avant tout un consommateur doublé d'un animal productif qui "gagne le droit d'exister" s'il participe et soutient la logique dominante ?
Alors, il faudrait accepter de dire qu’il faut changer de système et promouvoir un système humaniste où la logique dominante n’est plus marchande, où l’essentiel n’est pas « économiquement mesurable ». Une société où la richesse est définie et mesurée par la densité du lien social, par la préservation de l’environnement, par l’accès de tous aux besoins fondamentaux, à la culture, à l’Education, par des citoyens éclairés qui agissent sur le présent et font vivre la démocratie…
Il est certain que cette richesse-là ne se mesure pas à l'aune du PIB ou des cours de Bourse. Comment construire cet alter-développement ?
Parce que le travail et les hiérarchies sociales ne doivent pas être le fruit de décisions économiques, nous proposons de prolonger et d’approfondir de manière significative la réduction du temps de travail, assortie de conditions salariales très favorables pour les bas salaires. Nous proposons d’accorder un vrai statut aux activités non productives (associatives, politiques, humanitaires…). Nous souhaitons également promouvoir une gestion du temps, tout au long de la vie, qui permettrait à chacun d’interrompre son activité productive pour se consacrer à des projets personnels et collectifs.
Parce que l’accès effectif à certains droits nous apparaît fondamental, ceux-ci doivent être attachés à l’individu dès sa naissance, indépendamment de son statut social, de son activité économique : la santé, le logement, la mobilité, la protection de la vie privée, la culture, la formation en font partie. Nous devons également ouvrir un débat sur un revenu d’existence universel et inconditionnel.
Parce que notre alter-développement est ouvert et humaniste, nous reprenons à notre compte les grandes thématiques et propositions, souvent concrètes, des mouvements altermondialistes : les combats pour la taxation des mouvements de capitaux, pour la souveraineté alimentaire, contre l’usage d’OGM en milieux non confinés, pour la relocalisation d’activités économiques ou pour des politiques d’immigration très ouvertes sont nos combats.
Parce que l’écologie politique est au cœur des préoccupations, parce qu’elle concerne non seulement la sauvegarde de notre planète mais encore la conception que nous nous faisons de la place de l’homme dans la société et sur cette Terre, nous voulons avancer, avec les organisations écologiques et politiques, notamment vers la construction d’une nouvelle politique énergétique, réaliste mais radicale et contraignante pour les forces économiques.
Voilà quelques pistes concrètes. Politiques, citoyens, intellectuels, philosophes, économistes, débattons enfin ensemble du fond plutôt que de la forme et provoquons cette rupture culturelle qui serait salutaire pour la gauche. Notre meilleure arme contre la droite, contre Nicolas Sarkozy doit être la construction d’un grand projet de société mobilisateur. "
Laure Pascarel
Source : Le Sarkophage
Commentaires
Bien dit et je suis d'accord à 100%; le genre d'idées dont on ne discutera jamais en prime time à la Tv...
Salut (trés, trés) lointaine cousine ! !
Moi j'habite le Lot et Garonne et nous sommes de Bordeaux !